Selon Peter Kreeft, il est impossible “d’orientaliser” Jésus. On ne peut faire de lui un genre de gourou qui concorderait avec une vision du monde panthéiste que l’on retrouve dans les religions orientales. Pourquoi? D’abord parce que son enseignement est exotérique (public, évident, accessible à tous) et que les religions orientales sont ésotériques (cachées, mystiques, secrètes, révélées qu’à certains adeptes) et que le contenu de ces deux types d’enseignements sont irréconciliables. Afin d’harmoniser le contenu évident des enseignements chrétiens avec la philosophie religieuse orientale, certains prétendent que l’enseignement de Jésus serait à deux niveaux : un exotérique (pouvant être compris par tous) et l’autre ésotérique (seulement accessible à certains illuminés). Cependant, cela ne pourrait nullement être le cas car ce que l’on connait de l’enseignement de Jésus (aspect exotérique) est carrément l’opposé de ce que l’on connait des enseignements ésotériques orientaux. Cela reviendrait à dire que Jésus a enseigné explicitement (ou exotériquement) le contraire de ce qu’il voulait dire implicitement (ésotériquement). Cela n’a aucune sens! Voici, pour illustrer ce non-sens, quelques différences entre les grandes lignes du christianisme et celles des religions orientales (tiré du livre “Dialogue entre le ciel et l’enfer” de Peter Kreeft). 1) Dieu est personnel vs impersonnel : On peut s’adresser au Dieu de la Bible (l’implorer, se confier en lui, le remercier, l’adorer, etc.) alors qu’il est complètement vain de faire la moindre prière au Dieu orientale. Il n’entend rien car il n’est pas une personne, mais une genre de force mystique/cosmique impersonnelle animant tout. 2) Dieu est créateur vs la création est Dieu : Selon le christianisme, Dieu est distinct de sa création. Celle-ci tire son existence et sa subsistance du Créateur, mais en aucun cas ne peut lui être associer. De l’autre côté, selon le panthéisme, la divinité se retrouve dans le moindre atome de la création. Vous et moi sommes une goûte dans l’océan du divin. Nous sommes divins. Il ne resterait qu’à le découvrir. 3) Dieu est connaissable vs inconnaissable : Le Dieu théiste se fait connaître par ses actes concrets dans l’histoire et par une révélation qui prendra la forme écrite. Par cette révélation, il aspire à dévoiler sa nature profonde et son plan pour l’humanité. Plan dans lequel il nous invite à entrer. C’est tout le contraire en ce qui concerne le panthéisme. Celui-ci est au-delà de la dualité entre le sujet et l’objet confondant ainsi le moi avec le tout autre. “La conscience non-dualiste est l’illumination.” (p.105) Tout n’est qu’un en quelque sorte et comme il n’y a rien de distinct, il n’y a rien à connaître. 4) Dieu est bon vs transcendant le bien et le mal : La Bible affirme que “Dieu est lumière et qu’il n’y a pas en lui de ténèbres.” (1 Jean 1:5) Il est uniquement sainteté, vertu, bonté et il n’y a aucune impureté en lui. La vision du monde orientale quant à elle qui dont l’essence est une sorte d’unité ultime, vient à éliminer la distinction entre le bien et le mal. Ce ne sont que des illusions. La divinité orientale “renferme et transcende à la fois le bien et le mal.” (p.109) 5) L’être humain est pécheur vs l’être humain est (une partie du) Divin : Ce point touche à la nature de l’être humain. Dans une conception chrétienne, les êtres humains naissent pécheurs, mais Dieu leur offre la possibilité de devenir ses enfants, d’être sanctifié et transformé de plus en plus à son image. Plus à l’est, on pense plutôt que l’on est déjà une partie du divin et que nous n’avons qu’à le découvrir. Encore une fois, deux points de vue carrément contradictoires. 6) La possibilité d’être séparer de Dieu (enfer) vs être intrinsèquement lié au Divin : Le christianisme évoque la grave possibilité d’être séparé de Dieu pour l’éternité. Cet état définitif ne se présente pas d’abord comme une suite inifinie de tourments, mais comme une mort éternelle, une perte irrévocable de la vie véritable, allant jusqu’à la destruction et au néant. Ceux qui s’y trouvent y parviennent parce que, bien qu’ils soient pécheurs et passibles du juste jugement de Dieu, ils ont refusé son offre de pardon en Jésus, se plaçant ainsi eux-mêmes en dehors de la vie qu’il donne. En somme, la possibilité de rejeter Dieu demeure réelle. Dieu nous a créés libres, capables de choisir, donc capables aussi de lui dire : “Je ne veux pas de toi.” À l’inverse, le panthéisme n’accorde pas un tel choix. L’être humain y est constitutivement uni au tout ultime, identifié au divin. Dans cette perspective, une séparation définitive n’est pas envisageable, puisque notre nature serait intrinsèquement et inaltérablement liée au divin. C’est là une divergence fondamentale.
· sperron
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