Il y a trois positions face à la question « est-ce que Dieu existe? » : Oui! = Théiste Je ne sais pas! = Agnostique Non! = Athée Deux d’entre eux font une affirmation : le théiste et l’athée. Le théiste affirme « Dieu existe » et l’athée affirme « Dieu n’existe pas ». Il y a une règle de jeu philosophique importante lorsqu’on débat : La personne qui fait une affirmation a le fardeau de la preuve. Cela veut donc dire que le fardeau de la preuve ne repose pas seulement sur le croyant, mais sur l’athée aussi. La question qui s’ensuit est celle-ci : Comment les athées peuvent-ils prouver l’inexistence de Dieu? Avant de dire ce qu’ils devraient faire pour y parvenir, il est important de mentionner ce qu’ils ne peuvent pas faire! Ils ne peuvent pas simplement réfuter tous les arguments des croyants et ensuite en déduire qu’ils ont prouvé que Dieu n’existe pas. Même s’ils détruisaient tous les arguments théistes, cela ne justifierait aucunement que Dieu n’existe pas. Cela justifierait l’agnosticisme : on ne saurait pas s’il existe ou pas. Peut-être que oui, peut-être que non. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas de raisons de croire que Dieu existe qu’il n’existe pas. Une illustration va nous aider à comprendre ce point : Ce n’est pas parce que je n’ai pas de raison de croire qu’il y a de l’or sur les autres planètes de notre système solaire, qu’il n’y en a pas! Pour s’assurer qu’il n’y en a pas, nous devons aller voir et faire des recherches et avoir des arguments prouvant qu’il n’y en a pas.

Tout comme pour prouver l’inexistence de quoique ce soit, les athées ont deux moyens de démontrer que Dieu n’existe pas :

Démontrer que le concept de “Dieu” est contradictoire en soi

Par exemple, si mon ami me disait au téléphone : “Sonny! Viens chez moi, il faut absolument que je te présente une personne, tu n’auras jamais vu ça, c’est un marié-célibataire.” … Aurais-je vraiment besoin de me déplacer? Être marié c’est ne pas être célibataire et être célibataire c’est ne pas être marié. Les deux sont mutuellement exclusifs. Il est tout a fait impossible que ces deux états existent en même temps dans la même personne puisque ce serait violer la loi de la non-contradiction. Même chose pour un cercle carré. Le fameux dilemme de la roche est une tentative des athées allant dans ce sens : Est-ce que Dieu peut créer une roche tellement grande qu’il ne pourrait pas la lever? Si oui, il ne peut pas la lever donc il n’est pas tout-puissant. Si non, il ne peut pas la créer donc il n’est pas tout-puissant. Que ce soit oui, que ce soit non, un Dieu tout-puissant n’existe pas. Réponse : L’omnipotence de Dieu (le fait que Dieu peut tout faire) n’a jamais inclus l’idée de faire des choses logiquement contradictoires. Par exemple, la Bible affirme clairement que Dieu ne peut pas faire des choses contraires à sa nature : Dieu ne peut pas mentir (Hébreux 6:17-18), Dieu ne peut pas être injuste (Jérémie 30:11, 46:28), Dieu ne peut être infidèle (2 Timothée 2:13). Une chance que Dieu ne peut pas se contredire à ces niveaux, sinon, nous ne pourrions pas lui faire confiance. Un athée qui insisterait sur l’illustration de la roche commettrait donc le sophisme de l’homme de paille qui consiste à présenter une fausse version du point de vue de ton opposant pour ensuite plus facilement démontrer que ce point de vue est insoutenable. Dieu peut tout faire qui n’est pas en soi-même un non sens ou qui ne contredit pas sa nature.

Démontrer qu’après avoir fait des recherches, on ne trouve pas les traces qu’on serait en droit de s’attendre de trouver

Par exemple, connaissant les caractéristiques physiques d’un éléphant, on peut déduire qu’il n’y en a pas présentement dans le local où nous nous trouvons car notre observation démontre positivement l’absence des traces qu’on s’attendrait à percevoir s’il y en avait un. Vous seriez justifiés alors d’être un “aéléphant”, quelqu’un qui ne croit pas en l’existence d’éléphant dans votre local. La question du mal et de la souffrance va dans ce sens : Si un Dieu bon et tout-puissant existe alors le mal et la souffrance n’existeraient pas. Le mal et la souffrance existent. Donc un Dieu bon et tout-puissant n’existe pas. Cependant, la réalité est que l’argument du mal et de la souffrance bien qu’il paraisse convaincant émotionnellement lorsque nous sommes dans l’épreuve, n’a aucune validité intellectuellement. Au contraire, cet argument suppose l’existence de Dieu… Que veux dire l’athée par “mal”? C’est le contraire du bien. Qu’est-ce que le bien? C’est l’état des choses telles qu’elles devraient l’être. Mais qui détermine comment les choses devraient être? Si c’est l’individu, alors l’argument du mal et de la souffrance devient l’équivalent de “les choses ne fonctionnent pas comme JE veux, donc Dieu n’existe pas.” Dire que c’est la société qui détermine le bien revient au même : on passe d’un caprice personnel à un caprice collectif. Pour dire que le mal existe vraiment, que ce n’est pas juste un caprice, il faut dire que le mal est une réalité transcendante, qui ne dépend pas des êtres humains. Aucun autre ancrage que Dieu n’est possible pour expliquer la réalité du bien et donc du mal. Dieu est parfait et le mal c’est tout ce qui est contraire à Dieu. Dieu est juste. Être injuste, c’est mal. Dieu est fidèle. Être infidèle est mal. Donc d’utiliser le mal dans un argument contre Dieu, c’est utiliser Dieu pour démontrer que Dieu n’existe pas. C’est s’auto-contredire. Bien que la réalité du mal puisse nous amener à se poser des questions sur les raisons pour lesquelles Dieu le permet, il ne peut prouver son inexistence. Au contraire, il prouve son existence. C.S. Lewis le résume bien : “L’argument que je retenais contre Dieu était que l’univers paraissait si cruel et si injuste! Mais d’où pouvait me venir cette idée de juste et d’injuste?… À quoi comparais-je cet univers quand je l’appelais injuste? Naturellement, j’aurais pu abandonner mon idée de justice en disant que ce n’était qu’une idée personnelle, mais me résoudre à cela annulait mon argument contre Dieu de la même façon. Car mon plaidoyer tenait à l’opinion que le monde était réellement injuste et non qu’il ne plaisait pas à mes fantaisies… De ce fait, l’athéisme me paraissait trop simple.” (C.S. Lewis, Mere Christianity, p.31) Pour revenir à la question du fardeau de la preuve, notez que l’inverse est aussi vrai : si le croyant réussis a invalider tous les arguments de l’athée, cela ne démontre pas pour autant que Dieu existe (à moins que, dans sa réfutation, il le démontre comme je l’ai fait pour l’argument du mal). Chaque personne qui fait une affirmation a le fardeau de la preuve. Seulement l’agnostique n’a pas a argumenter pour prouver son ignorance… quoique parfois je me demande s’il n’aurait pas lui aussi le fardeau de la preuve. Dans mes heures les plus philosophiques, je me dis que l’ignorance de l’agnostique devant Dieu semble demander autant d’explications que l’ignorance disons de quelqu’un qui serait agnostique de sa propre existence. Quelqu’un qui ne sait pas s’il existe soi-même ou pas ne pourrait tenir ce point de vue longtemps sans se faire poser la question : “Comment ça tu ne sais pas si tu existes ou pas?” Il me semble que pour être agnostique, il faudrait démontrer soit qu’à nos yeux il n’a aucune évidence pour ou contre ou bien que les évidences pour et contre s’équilibrent quasi parfaitement dans la balance… ce qui me semble assez difficile à démontrer aussi.