Dans son article « 1 Corinthians 8:6 and Romans 11:36: a Pauline confession with a Hellenistic setting »1, l’objectif de John C. Collins est très clair : démontrer que le Juif Aristobule, vers la moitié du 2e siècle av. J.-C., « a commencé un processus d’appropriation » de philosophie grecque dans lequel Rm 11,36 et 1 Co 8,6 s’insèrent (p. 57). Plus précisément, il met en évidence le lien manquant entre la formule aritobulienne et paulinienne. Ultimement, il argue que :

  • La préposition ἐκ, qui renvoit à l’idée de source ou d’origine, est équivalente au nominatif ἀρχή,
  • La préposition διἀ, qui dénote le moyen, l’instrumentalité ou l’agent intermédiaire, est équivalente au nominatif μέσα ou μέσση,
  • La préposition εἰς, décrivant le but ou la finalité, est équivalente au nominatif τέλος ou τελευτή (p. 64).

Il cite un passage d’Eusèbe attribué à Aristobule (p. 61-62) :

ἔστι δὲ πάντως αὐτὸς ἐπουράνιος (Mais de toutes les façons, il est lui-même céleste)
καὶ ἐπὶ χθονὶ πάντα τελευτᾷ (et toutes choses il mène à son accomplissement sur la terre)
ἀρχὴν αὐτὸς ἔχων καὶ μέσσην ἠδὲ τελευτήν (tenant lui-même commencement, milieu et fin)
ὡς λόγος ἀρχαίων (Ainsi la parole des anciens)

Il remarque aussi une formule similaire chez Flavius Josèphe, Contre Apion, 2.190 [2.23] : « that God encompasses all things, perfect and blessed, self-sufficient and sufficing for all, that he is the beginning [ἀρχή], middle [μέσα], and end [τέλος] of all things ». Ces affirmations viennent de Platon (Lois, Livre 4, 715-e-716-a) : « Parlons leur donc ainsi : “Ô hommes, Dieu, commes les anciennes traditions le disent, il tient le commencement, la fin et le milieu de toutes choses qui existent…” » (p. 62). La formule d’Aristobule est très proche de celle de Platon. De même, tous les deux soutiennent que cette formule provient de traditions anciennes. (Réflexion personnelle : les ressemblances entre les deux textes rend presque certains qu’il y a une tradition autour de cette formule et la référence à des traditions anciennes invite à chercher au-delà d’eux !)

Collins remarque que la maxime de Marc Aurèle est souvent donné comme exemple de contribution à Rm 11,36 et 1 Co 8,6, mais la rejette puisque « this passage (…) come from more than a century after both Romans and 1 Corinthians, and therefore we can hardly use it to establish any kind of “formula” that predates the Pauline letters » (Collins souligne, p. 58-59). Il considère aussi les cinq causes d’une oeuvre artistique avancées par Sénèque : cause matérielle (à partir de laquelle), cause d’un agent (par qui), cause formelle (la forme donnée : ce dans quoi), la cause finale (le but de l’œuvre : ce vers quoi), la cause théorique (le pattern sur lequel est basé l’œuvre : à cause de quoi). Après cette descriptions des différentes causes, Sénèque mentionne ceci : « Toutes choses sont faites de matière et de Dieu » (p. 59). Il est possible que Paul réponde à une telle vision des choses, mais cela n’est pas évident.

Pour renforcer sa thèse (p. 63-64), Collins cite deux autres textes où le lien est clairement établit entre les prépositions grecques et les nominatifs qu’elles expriment. Le premier se trouve encore chez Eusèbe et est attribué à Atticus, un commentateur qui développe le texte de Platon cité ci-haut. Le deuxième texte vient d’Origène dans sa controverse avec Celse.

Le professeur d’Ancien Testament à Covenant Theological Seminary à St-Louis pense que Rm 11,36 et 1 Co 8,6 viennent d’une même tradition d’appropriation « des termes religio-philosophiques du monde hellénistique pour exprimer une idéologie biblique » (p. 60). Ces confessions de foi primitives ont rapidement été établies dans les églises pauliniennes et étaient adaptées aux différents contextes et besoins2.

Références

  1. Collins, C. John, « 1 Corinthians 8:6 and Romans 11:36: a Pauline confession with a Hellenistic setting », Presbyterion, 43 (2017), p. 55-68.

  2. Il est curieux qu’une telle intégration de la tradition philosophique initiée par un “Aristobule” au 2e siècle av. J.-C. apparaisse dans l’épître aux Romains qui fait mention d’un juif du même nom en Rm 16,10 : “Saluez ceux de la maison d’Aristobule.”